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[7ème Mer - Aux mille et une Splendeurs...] Prologue

Publié : lun. janv. 27, 2020 2:12 pm
par Cesarine
Laissez-moi, mes amis, vous conter le Légende des Mille et une Splendeurs...

Le soleil brillait sur le port de Feniksowo. Le rire des mouettes, mêlé aux clameurs des marins et aux bruits des travaux portuaires résonnait aux oreilles d’Edmée. Dans cette ville-frontière enclavée entre les continents de la Théah et l’Empire Oriental, les styles se mélangent : architecture, habits, musique, nourriture… Les couleurs, les odeurs, les bruits sont au croisement des deux grandes civilisations, si différentes, et leur métissage rend un effet très chatoyant et bigarré. Feniksowo est en fête : elle est devenue tout récemment République, et le peuple en joie fête leur nouvelle liberté. Accompagnant son cousin Tonio, la jeune femme pénétra dans une auberge animée aménagée dans une coque de bateau : le Crabe rutilant.

Leur entrée fut immédiatement remarquée par la capitaine Riot. Accoudée au bar avec deux de ses marins, la navigatrice commençait à s’ennuyer... Mais l’arrivée de deux personnes capta son attention. Elle reconnut leur appartenance à l’aristocratie Vodacce à leur style et à cette couleur de cheveux unique, le blond vénitien, que l’on ne retrouvait que le long des côtes de la péninsule. La jeune femme était étrangement vêtue : une cape en précieux velours noir la recouvrait de la tête au pied. Ce manteau rappelait à Riot d'anciennes légendes évoquant des femmes vodacci aux étranges pouvoirs. De ce vêtement dépassait seulement un visage en cœur, au teint pâle et aux contours doux. Ses yeux étaient hypnotisant : autour de la pupille, un iris presque jaune, nuageux, irradiait comme les rayons du soleil autour de la lune lors des éclipses. Le pourtour, bleu-violet, rappelait la couleur du ciel juste avant une tempête en mer. Cette dichromie procurait un effet envoûtant à ces yeux dont la sombre clarté troublait Riot. Les deux aristocrates s’assirent à table, s’entretinrent un moment. Au bout d’une bonne demi-heure, la jeune femme au manteau noir se leva avec un air agacé et quitta la salle. Au moment de passer devant Riot, elle posa ses yeux perçant sur la capitaine. On aurait dit que l'étrange vodacci essayait de sonder son âme.

Edmée était irritée. Son cousin avait encore essayé de la convaincre en rester auprès de lui, mais il était vain de vouloir lui faire changer d’avis. Une fois arrivée à Iskandar, en plein Empire Oriental, elle quitterait sa famille et prendrait le large. Seule, à la recherche de son Destin. Pourquoi ne voulait-il pas comprendre, après tout ce qu’elle avait vécu, qu’elle souhaite quitter à jamais la Théah et ses fantômes ? Alors qu’elle se dirigeait vers la sortie, elle sentit le picotement d’un regard dans son cou. Deux yeux bleus glacés, perçants, magnifiques, la toisaient. Derrière ces yeux, un visage de marbre, pointu, froid et inexpressif, encadré par des cheveux platine, presque blancs, attachés à la manière pratique des marins. Celle qui la regardait avait des allures de pirate : habillée d’un manteau en cuir râpé, elle portait des vêtements pratiques mais qui trahissaient une attention à son apparence. Le tricorne fièrement posé sur son chef indiquait son statut de capitaine. Au fur et à mesure que le regard de la femme se déplaçait dans la salle, ses yeux changèrent de couleur : passant du bleu azur à la lumière au bleu marine à l’ombre, ils rappelaient les caprices climatiques de l’océan. Edmée secoua la tête, elle s’était laissée distraire par cette femme fascinante, mais elle n’avait pas oublié sa colère et sortit rapidement de la taverne.

Les coups de midi sonnèrent, Riot et ses compagnons de s’installèrent à table pour manger. Alors qu’ils discutaient des prochaines étapes de leur voyage vers Iskandar, les marins furent interrompus par l’aristocrate vodacce qui accompagnait la jeune femme au manteau. Tonio Della Lupa se présenta comme un marchand, membre d’une grande famille aristocratique possédant des comptoirs commerciaux partout dans le monde. Il proposa à Riot et son équipage d’escorter leur bateau, La Perla, jusqu’à Iskandar et de les mener à bon port en sécurité. La capitaine, hésitant, fit appeler sa seconde, Lola. Elle reporta ainsi sa décision à la fin du repas.

Alors qu’elle traversait le port, Edmée se retrouva soudainement nez à nez avec un homme, qu’elle manqua de bousculer. Décidément, avait-on décidé de la contrarier aujourd’hui ? Elle leva la tête, prête à invectiver son agresseur, lorsqu’elle remarqua son physique particulier. Grand, à la peau claire, l’homme se tenait droit, la tête haute, presqu’avec prétention. Il ne faisait manifestement pas partie de la noblesse mais était plutôt bien habillé : il portait des vêtements qui se voulaient discret, mais dont les broderies et le bleu profond trahissaient ses origines montaginoises. Les yeux de l’homme, marrons, pétillant de malice, détaillèrent Edmée de la tête au pied en un clin d’œil. Ses cheveux bruns étaient soignés : l’homme semblait avoir pris un soin tout particulier à leur donner une apparence décoiffée. L’effet un peu sauvage était accentué par une barbe à la longueur maîtrisée pour ne pas dépasser une phalange. L’homme dévoila une magnifique rangée de dents immaculées en offrant à Edmée un sourire ravageur. Le jeune femme, amusée de son petit jeu, oublia vite sa colère et reprit son chemin sans mot dire.

Charles recherchait un bateau pour se rendre à Iskandar. Il avait des affaires à régler pour ses amis, des affaires secrètes qui nécessitaient de la discrétion. Il lui fallait donc embarquer dans un navire sans histoires, en toute légalité. Cet énorme vaisseau, La Perla, ferait-il l’affaire ? Non, trop gros, trop rutilant. Charles opta pour le plus petit Vivacia. Il est envoyé à Lola, une magnifique donzelle rousse au regard doux, la seconde d'une certaine Riot Clayden. La seconde criait des ordres à tout va, ce qui ne fut pas sans séduire le jeune montaginois. Lola accepta de le transporter, lui donna rendez-vous le lendemain soir, puis s’éclipsa pour rejoindre sa capitaine. Le jeune homme était livré à lui-même jusqu’au lendemain soir, ce qui lui laissait tout juste le temps de faire connaissance avec les population locales. Après de longues semaines de voyage depuis son pays natal, Charles avait grand besoin de se détendre…

De retour à la taverne, Edmée et Tonio réglèrent les derniers détails de leur voyage avec Riot et Lola. On scella le contrat par une signature, et surtout une tournée de rhum ! Les Della Lupa payèrent la tournée aux pirates et le petit groupe fut rapidement rejoint par les membres de leurs équipages respectifs. Les accents et rires vodacci tonnèrent dans la salle tandis que les pirates s’en donnaient à cœur joie. La fête se prolongea jusque tard dans la nuit. Edmée remarquait bien que les pirates évitent de s’adresser à elles, voire l’ignorent complètement, mais elle n’en avait que faire. Elle passa la nuit à faire connaissance avec Lola et Riot.

Le jour du départ arriva rapidement. Charles, Riot et Edmée embarquèrent ensemble sur le Vivacia. Le voyage promettait d’être agréable : une brise fraîche gonflait les voiles des deux vaisseaux et tout le monde était heureux de reprendre la mer. Le montaginois s’en donnait à cœur joie avec les membres féminins de l’équipage pirate, sous les rires amusés d’Edmée et les soupirs envieux de Lola. Riot, comme à son habitude, restait de marbre... Les jours qui suivirent permirent au groupe de se rapprocher et faire connaissance.

Malheureusement, la tranquillité fut de courte durée. Après trois jours de navigation, une tempête fit rage. Elle brisa le mât de La Perla. Tandis que le Vivacia prenait les devants pour briser les vagues, un horrible craquement fait frémir la capitaine Riot. Elle se retourna et fut la seule à distinguer à travers la houle l’horrible spectacle qui se produisit derrière eux. Un tentacule était en train de s’enrouler autour de La Perla. Le membre visqueux fut bientôt suivi de plusieurs autres, qui resserrèrent leur étreinte mortelle et brisèrent l’énorme vaisseau net, en deux morceaux. Des profondeurs émergea alors une gueule horrible composée d’un bec de la taille d’une chaloupe, entouré de huit bras aux ventouses violets. La bête avalait tout être vivant qui se trouvait à sa portée, et ne laissait personne en réchapper. Les pupilles de ses yeux vides faisaient la taille d’un homme, et les 300 membres d’équipages n’étaient qu’un amuse-gueule pour la terrible bête. Elle allait bientôt vouloir compléter son sinistre repas. Riot ne réfléchit pas plus longtemps et poussa le bateau jusqu’à ses extrémités pour briser les vagues et fuir le plus rapidement possible.

Malheureusement, des membres d’équipages peu préparés ne purent se tenir à temps et tombèrent par-dessus bord. Ils étaient perdus, la bête les rattraperait bien assez tôt et il fallait absolument sauver le reste du bateau. Après des longues minutes d’effort intense, le Vivacia parvint à mettre de la distance entre eux et l’immonde spectacle. La tempête se calma très rapidement et le ciel redevint d’un bleu pur, comme si rien n’avait souillé cette terrible journée.

Esmée, qui avait passé la tempête à s’occuper du pauvre Charles souffrant, ne monta sur le pont qu’une fois le calme revenu. On lui fit savoir le triste sort de sa famille et ses compatriotes. Outrée que Riot ne veuille pas retourner chercher de potentiels survivants, et subissant encore le choc de la nouvelle, la jeune femme s’enferma dans un silence douloureux et n’en sortit qu’une fois arrivée à Iskandar. Riot, bien qu’elle n’en laissait rien paraître, souffrait également terriblement de la perte de ses membres d’équipages. Les trois jours de voyage qui suivirent se déroulèrent dans le deuil et le silence. On arriva sans plus d’encombre Iskandar.

La ville, joyaux de l’Empire oriental, était magnifique. Des palais immaculés à coupoles colorées s’élevaient parmis les immeubles et maisons en terre rouge, ocre et orange. Les arcs persans aux profils carénés étaient recouverts de mosaïques aux couleurs vives : des nuances de bleues qu’on aurait jamais pu imaginer, des rouges sombres comme le sang, des verts vifs comme il n’en existait pas ailleurs. Au fur et à mesure que le bateau se rapprochait du port se dévoilait sous les yeux des passagers un spectacle éblouissant. Les habitants de cet étrange pays portaient des étoffes si légères qu’elles semblaient couler comme de l’eau autour de leur corps. Là encore on retrouvait une explosion de couleurs : même les citoyens les plus pauvres portaient des violets ou des oranges vifs. Les habitants eux-mêmes étaient différents : ils avaient la peau caramel, les yeux noirs, les cheveux de jais, très frisés. Les hommes portaient la barbe très longue, les femmes des pantalons bouffants.

Malheureusement, l’équipage n’eut pas le cœur à profiter du spectacle. De plus, à peine eut-on posé un pied à terre qu’une armée de pas cadencé se fit entendre. Des soldats, précédés de ce qui semblait être leur chef, se postèrent devant la sortie du Vivacia. On convoqua les cheffes du bateau et les éventuels passagers étrangers et soumis le bateau à une fouille de routine. L’équipe se retrouve au poste de garde pour un interrogatoire et on les informa qu’aucun bateau ne pouvait plus quitter le port désormais. Bien obligés de se plier à la règle, Riot, sa seconde Lola, Edmée et Charles répondirent à toutes les questions qu’on leur posa. Ils repartirent avec interdiction de quitter la ville. Une fois devant le poste, sans un adieu, Edmée s'éclipsa dans la foule. Lola voulut la suivre, mais fut retenue par Riot. Avant même que Charles n’eut le temps d’ouvrir la bouche pour leur souhaiter une bonne route, les deux pirates disparurent également.

Ainsi se termina l'aventure de nos trois compagnons. Un voyage à la fin tragique. À moins que...